LA VOIE

 

L'EXPÉRIENCE D'ÉVEIL N'EST PAS TOUT. ELLE N'EST QUE LE DÉPART SUR LA VOIE DE LA RÉALISATION

 


On croit souvent que l’Éxpérience d’Éveil est un sommet, un point d’arrivée. Or un vieil adage nous le rappelle: 

« L’Éveil ne fait pas encore un Éveillé ».

La récente publication de Jack Kornfield couvre ce thème avec grande pertinence et son titre en fait merveilleusement l’annonce

« APRÈS L’EXTASE, LA LESSIVE »

L’Éveil n’est donc qu’une porte d’entrée dans l’univers de la spiritualité. J’ai pourtant longtemps cru, après mes trois jours d’extase et d’éblouissement, que j’avais touché la cime de la spiritualité. Je l’avoue humblement: un peu comme si j’avais été une sorte d’élu. Je « surfais » sur le souvenir de cette expérience ineffaçable en la racontant avec enthousiasme à qui voulait bien l’entendre et j’espérais qu’elle revienne me visiter. Après des semaines, des mois et des années, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Bien sûr, ma vie avait été profondément changée après avoir été foudroyé par la Lumière de la Présence en moi. Je faisais désormais des choix différents. Mes priorités n’étaient plus les mêmes. J’avais une foi profonde et expérimentale en la dimension sacrée du cosmos, de la vie et du coeur humain. Mais, l’ego, que l’Expérience d’Éveil m’avait fait voir comme une illusion ne cessait de me poursuivre et de me hanter dans mon quotidien. Il me collait à la peau pour ainsi dire alors que je savais désormais que j’était bien plus grand que lui et qu’au fond de moi un Moi tout autre constituait mon authentique existence, mon être essentiel. Bref, j’étais toujours impatient, colérique, pleurnichard, impulsif, jaloux, etc…

J’ai laissé filer ainsi bien des années avant de comprendre avec Karlfried Graff Durkheim que l’Expérience d’Éveil n’était que « l’entrée dans le courant » comme il le disait si bien. Après l’Éveil, la Présence en soi cherche à nous conduire à une transparence de plus en plus grande à l’Être essentiel; de là la souffrance qu’on a à découvrir que l’ego, même si nous savons maintenant qu’il n’est pas vraiment notre réalité profonde, continue de faire écran à la Lumière en nous. Bref l’Éveil vient dans un premier temps relativiser l’ego et lui enlever sa place prioritaire, mais cela ne le fait pas disparaître. Le travail de libération commence alors: il faut quitter laborieusement son oeuf, son ego, sa coquille protectrice. Car nous allons voir que cette coquille qui nous empêche maintenant de nous libérer vers plus grand, nous a rendu jadis de fiers services. En fait, nous lui sommes profondément attaché, plus encore: nous lui sommes restés identifiés. 

L’ego est notre moi de protection dans le monde de la dualité; il se forme par l’émergence progressive de cuirasses, de gardiens protecteurs en nous pour nous empêcher de souffrir dans le monde difficile de la compétition et de la rivalité. Pour l’ego, le monde est un champs de bataille où nous sommes blessés et où nous cherchons à ne plus souffrir. Cette armure protectrice nous suit partout. Eckhart Tolle l’appelle « le corps de souffrance ». D’autres vont l’appeler « l’ombre », l’ombre de l’ego.

La Voie consiste alors à s’entraîner à la prise de conscience de cette réalité inconsciente à laquelle nous nous sommes identifiés. La CNV de Marshall Rosenberg se sert de l’observation des « parts » en nous. Elles sont comme des guerriers protecteurs, souvent enfantins car elles ont vu le jour dans notre enfance. On se sert de l’IFS (Internal family system), discipline qui se base sur la découverte que l’ego est plutôt un « énéis », un nous, une famille complexe de parts activent et le composant. La CNV fait pour sa part pratiquer l’auto-empathie, le regard bienveillant sur soi-même et ses parts protectrices dans le but d’en prendre conscience au plan profond de la Présence, c’est-à-dire du Soi distinct de l’ego (Le Self dans l’IFS).

Ce qui est merveilleux c’est que l’ombre, cette énergie de souffrance bloquée dans notre corps et notre mental, semble ne pas pouvoir résister à la lumière de notre Présence. Quand elle est vue, découverte, elle perd son efficacité. Car elle existe justement parce que nous ne la voyons pas. Ce qui a pour conséquence de nous identifier à elle, de nous fusionner à elle. La prise de conscience de nos parts intérieures, de notre corps de souffrance les faits perdre leur priorité et peut les mettre à notre service sur la Voie. Mais cela ne se fait pas facilement. Ce danger d'être vu pour le corps de souffrance qui nous identifie à lui, fait qu'il résiste mordicus à la démarche de la Présence qui veut éclore et le jeter dans la lumière.. Guy Corneau parle de 90% de notre conscience qui, selon lui, est appliquée à ce mouvement de résistance.

Le travail sur la Voie, commence alors et nous conduit à une transparence de plus en plus grande à notre Être essentiel. L’ego ne disparait pas pour autant; il perd par contre sa puissance d’ombrager. Nous pouvons laisser notre Présence passer à travers sa coloration unique pour donner à l’expression divine à travers nous ce qu’elle a toujours voulue exprimer d'unique.  Cette Présence nous apparaît de plus en plus dans toute sa Lumière, son Éternité, son Unité et son Infinité. En d’autres mots, nous nous unifions avec toutes nos parts et quand nous avons fait le Un en nous, nous recevons l’élan créateur d’aller vers le monde pour l’unifier à son tour dans la rencontre de l’énergie divine d’amour chez l’autre et la joie qui en émane en nous. Car nous sommes Un là aussi avec l'autre comme en tout.

« jésus leur dit

quand vous aurez fait le deux un

et que vous aurez fait l'intérieur comme l'extérieur…

quand vous aurez fait un œil à la place des yeux (...)

alors vous entrerez dans le royaume »

Evangile de Thomas






On croit souvent que l’Éxpérience d’Éveil est un sommet, un point d’arrivée. Or un vieil adage nous le rappelle: 

« L’Éveil ne fait pas encore un Éveillé ».


La récente publication de Jack Kornfield couvre ce thème avec grande pertinence et son titre en fait merveilleusement l’annonce

« APRÈS L’EXTASE, LA LESSIVE »



L’Éveil n’est donc qu’une porte d’entrée dans l’univers de la spiritualité. J’ai pourtant longtemps cru, après mes trois jours d’extase et d’éblouissement, que j’avais touché la cime de la spiritualité. Je l’avoue humblement: un peu comme si j’avais été une sorte d’élu. Je « surfais » sur le souvenir de cette expérience ineffaçable en la racontant avec enthousiasme à qui voulait bien l’entendre et j’espérais qu’elle revienne me visiter. Après des semaines, des mois et des années, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Bien sûr, ma vie avait été profondément changée après avoir été foudroyé par la Lumière de la Présence en moi. Je faisais désormais des choix différents, mes priorités n’étaient plus les mêmes. J’avais une foi profonde et expérimentale en la dimension sacrée du cosmos, de la vie et du coeur humain. Mais, l’ego que l’Expérience d’Éveil m’avait fait voir comme une illusion ne cessait de me poursuivre et de me hanter dans mon quotidien. Il me collait à la peau pour ainsi dire alors que je savais désormais que j’était bien plus grand que lui et qu’au fond de moi un Moi tout autre constituait mon authentique existence, mon être essentiel. Bref, j’étais toujours impatient, colérique, pleurnichard, impulsif, jaloux, etc…


J’ai laissé filé ainsi bien des années avant de comprendre avec Karlfried Graff Durkheim que l’Expérience d’Éveil n’était que « l’entrée dans le courant » comme il le disait si bien. Après l’Éveil, la Présence en soi cherche à nous conduire à une transparence de plus en plus grande à l’Être essentiel; de là la souffrance qu’on a à découvrir que l’ego, même si nous savons maintenant qu’il n’est pas vraiment notre réalité profonde, continue de faire écran à la Lumière en nous. Bref l’Éveil vient dans un premier temps relativiser l’ego et lui enlever sa place prioritaire, mais cela ne le fait pas disparaître. Le travail de libération commence alors: il faut quitter laborieusement son oeuf, son ego, sa coquille protectrice. Car nous allons voir que cette coquille qui nous empêche maintenant de nous libérer vers plus grand nous a rendu jadis de fiers services.


En fait, nous lui sommes profondément attaché, plus encore: nous lui sommes restés identifiés. 

L’ego est notre moi de protection dans le monde de la dualité; il se forme par l’émergence progressive de cuirasses, de gardiens protecteurs en nous pour nous empêcher de souffrir dans le monde difficile de la compétition et de la rivalité. Pour l’ego, le monde est un champs de bataille où nous sommes blessés et où nous cherchons à ne plus souffrir. Cette armure protectrice nous suit partout. Eckhart Tolle l’appelle « le corps de souffrance ». D’autres vont l’appeler « l’ombre », l’ombre de l’ego.


La Voie consiste alors à s’entraîner à la prise de conscience de cette réalité inconsciente à laquelle nous nous sommes identifiés. La CNV de Marshall Rosenberg se sert de l’observation des « parts » en nous qui sont comme des guerriers protecteurs, souvent enfantins car ils ont vu le jour dans notre enfance. Il se sert de l’IFS (Internal family system), discipline qui se base sur la découverte que l’ego est plutôt un « énéis », un nous, une famille complexe de parts activent dans l’ego. La CNV fait pour sa part pratiquer l’auto-empathie, le regard bienveillant sur soi-même et ses parts protectrices dans le but d’en prendre conscience au plan profond de la Présence, c’est-à-dire du Soi distinct de l’ego (Le Self dans l’IFS).

 

Ce qui est merveilleux c’est que l’ombre, cette énergie de souffrance bloquée dans notre corps et notre mental, semble ne pas pouvoir résister à la lumière de notre Présence. Quand elle est vue, découverte, elle perd son efficacité. Car celle-ci repose dans le fait que nous ne la voyons pas en étant identifiée à elle. La prise de conscience de nos parts intérieures, de notre corps de souffrance les faits perdre leur priorité et peut les mettre à notre service sur la Voie.


Le travail sur la Voie, commence alors et nous conduit à une transparence de plus en plus grande à notre Être essentiel. L’ego ne disparait pas pour autant; il perd sa puissance d’ombrager. Nous pouvons laisser notre Présence passer à travers sa coloration unique pour donner à l’expression divine à travers nous ce qu’elle a toujours voulue exprimer.  Cette Présence nous apparaît de plus en plus dans toute sa Lumière, son Éternité, son Unité et son Infinité. En d’autres mots, nous nous unifions avec toutes nos parts et quand nous avons fait le Un en nous, nous recevons l’élan créateur d’aller vers le monde pour l’unifier à son tour dans la rencontre de l’énergie divine d’amour chez l’autre et la joie qui en émane.




« jésus leur dit

quand vous aurez fait le deux un

et que vous aurez fait l'intérieur comme l'extérieur…

quand vous aurez fait un œil à la place des yeux 

(...)

alors vous entrerez dans le royaume »

Evangile de Thomas